L’écriture est avant tout un système d’expression. Son acquisition implique la maîtrise des composantes motrices, graphiques, et sémantiques qui régissent le langage qu’elle figure. Issu d’une volonté d’étudier l’apport du design graphique à la pédagogie, ce projet traite la dimension graphique de l’écriture à travers l’étude du processus d’apprentissage qui l’accompagne. Dans un souci d’identification des formes qu’adopte ce savoir tout au long des huit classes qui composent l’école primaire française, trois mois d’immersion ont été réalisés dans plusieurs écoles publiques à Nancy. Les matériaux récoltés ont été compilés dans un livre d’environ 450 pages qui s’accompagne d’une étude ciblée sur une cinquantaine de modèles d’écriture cursive utilisés dans les classes. Les pratiques d’écriture observées ont révélé un processus hétérogène, qui ne bénéficie pas d’une méthode unique adoptée par l’ensemble des enseignants, mais se présente comme une pluralité d’approches qui visent toutes à permettre à l’enfant de s’exprimer par écrit. Un écrit dont les modalités de production peuvent être manuscrites ou mécaniques combinant ainsi des modèles d’écriture cursive et des modèles d’écriture dite «scripte». Ce qui au départ s’exprime à travers un geste irrégulier est amené à devenir au cours de l’apprentissage une forme conventionnelle au plus près d’un modèle. Face à une thématique vaste qui soulève de nombreux axes de recherche, ce projet démarré à l’ANRT en octobre 2013 s’est orienté sur la petite section de maternelle. Cette étape est particulière car elle marque le départ du processus et l’écriture y apparaît dans un état hybride nourrie par différents acquis qui opèrent en simultané.

La méthodologie a emprunté le chemin de la pratique à travers la conception d’un matériel éducatif qui vise le développement du geste d’écriture chez le jeune enfant de 3–4 ans et provoque une entrée dans l’écriture par l’appréhension concrète des formes. Ces supports sont pensés dans une progression et une cohérence graphique, en adéquation avec le développement intellectuel de l’enfant. Fondés sur la base d’un langage sensoriel, ils proposent des textures et des caractéristiques variés (plastiques transparents, rugueux, mattes, fluorescents) et évoluent en fonction des usages constatés lors d’ateliers hebdomadaires réalisés dans les classes. Déclinées en séries, les pièces imaginées usent de formes simplifiées et géométriques qui invitent l’enfant à expérimenter des notions typographiques telles que la forme et la contre-forme, la construction modulaire et le rythme. Dans cette optique, une application numérique pour un usage sur tablette tactile a été réalisée en partenariat avec le laboratoire en sciences cognitives de l’école des mines de nancy. Au total plus d’une quarantaine d’ateliers ont été mis en place pour accompagner une classe de petite section de maternelle tout au long de cette année scolaire, et dès la rentrée prochaine. Absente des programmes de l’éducation nationale, et bien que cette dimension soit constitutive de la transmission des idées, la gestion visuelle de l’espace graphique n’est pas abordée au-delà des tracés régulateurs qui normalisent l’écriture manuscrite.

Dans le cadre d’ateliers périscolaires réalisés dans une école élémentaire, avec un groupe d’enfants âgés entre 6 et 11 ans, nous avons imaginé tout au long de l’année scolaire 2014–2015 un récit autour du livre dans lequel les enfants ont été confrontés aux différentes étapes d’une chaîne d’auto-édition, dès la conception des contenus jusqu’aux choix matériels de l’objet-livre.