2017
Morgane Pierson,
Nsibidi, des picto-​idéogrammes du Nigeria. The Missing Scripts 2017

Le Nsibidi est un système pictographique et idéographique découvert au 18e siècle, et dont on ignore encore la date de création (sans doute aux alentours du 9e siècle). Il est commun à diverses populations de la région de la Cross River au sud-est du Nigeria, région où l’écriture, l’art et le rituel sont intimement liés.
Ses fonctions principales sont de protéger les connaissances, conserver la mémoire collective, exprimer l’amour et les relations sociales, consigner des procédés rituels, et bien d’autres. Ce système d’écriture a une capacité structurante et organisatrice du rituel (qu’il soit sacré ou narratif); il participe ainsi à la régularisation sociale et politique. Certains de ses signes sont partiellement secrets et protégés par la société Ekpé (ou hommes-léopards) qui garantissait la paix sociale et la sécurité du commerce jusqu’à la fin du 19e siècle : par conséquent, le degré de connaissance de l’écriture définit le rang dans l’échelle sociale. Si sous forme matérielle il se présente le plus souvent tracé sur des tissus, dans l’argile ou sur le corps, le Nsibidi peut aussi être interprété par des gestes pentomimiques, dansé ou tambouriné.
Rituel, en partie secret, et d’une grande importance politique et sociale, le Nsibidi est plus qu’une écriture. Mais la plupart des sources accessibles aujourd’hui sont d’anciennes transcriptions rapportées généralement par les missionnaires ou anthropologues britanniques. Les formes du Nsibidi tendent donc à disparaitre malgré une tendance de revaliorisation de la culture africaine. Il est donc intéressant d’étudier, de réinterpréter et redessiner ses signes autant dans un soucis de vérité que de mémoire.