Hey, nimble fingers!

Une histoire féminine de la sténographie

Travailleuses à la précision infaillible, aux doigts agiles faisant virevolter leurs crayons gris, elles étaient indispensables au bon fonctionnement des administrations et des entreprises. Pourtant, ces femmes, dévalorisées et objectifiées sont restées dans l’ombre. On les appelait les sténodactylos. 

Aujourd’hui reléguée aux marges de la mémoire collective, la sténodactylographie a pourtant contribué à façonner le monde moderne. Longtemps perçue comme une voie d’émancipation, elle a permis à un nombre croissant de femmes d’accéder aux emplois de bureau et à une relative autonomie économique. Cette avancée n’allait pas sans sa contrepartie: à mesure que la pratique sténographique se féminise, son prestige diminue et les conditions de travail se dégradent. Cette recherche est dédiée à ces femmes et ambitionne de remettre en lumière leurs trajectoires en retraçant l’évolution de la pratique sténographique, de l’Antiquité romaine jusqu’à son déclin à la fin des années 1980, à travers un projet éditorial. 

Cet ouvrage s’appuyant sur une riche documentation d’archives, cherche à vulgariser une histoire féminine de la sténographie. Au-delà d’une approche historique et sociologique, il met en perspective le parcours de six autrices sténographes dont celui d’Emma Belle Dearborn, sténographe étatsunienne du début du XXe siècle. Sa sténographie alphabétique, appelée Speedwriting, a donné lieu à une recherche typographique et au dessin d’un caractère basé sur son système abréviatif, innovant pour l’époque. 

Le projet Hey, nimble fingers! se situe à la croisée de plusieurs champs : typographie, archives et enjeux féministes, la sténographie apparaissant comme un point de convergence entre ces problématiques. Entre approches typographiques, documentaires et historiques, cette recherche vise à redonner voix à celles qui ont consigné les paroles des autres. Elle entend reconnaître la portée du travail et des techniques de ces travailleuses, elles qui sont les dernières dépositaires d’un savoir sténographique aujourd’hui oublié.