The Frutiger Archive: Breughel
Mickael Bourguer zoomAdrian Frutiger (1928-2015) commence son apprentissage entre 1944 et 1948 à l’imprimerie Otto Schlaefli à Interlaken (Suisse), dirigée par Ernst Eberhard. Après six mois comme compositeur typographe chez Gebr. Fretz AG, il poursuit sa formation à l’École d’arts appliqués de Zurich. En 1952, il rejoint la fonderie parisienne Deberny & Peignot en tant que dessinateur de caractères. Dès la même année, il enseigne également à l’École Estienne ainsi qu’à l’École nationale supérieure des arts décoratifs, et transmet plus largement ses connaissances à travers plusieurs ouvrages.
Si Frutiger acquiert une renommée internationale avec la famille de caractères Univers, dont il amorce le développement en 1953, son travail reste étroitement associé aux grandes innovations technologiques de la composition typographique. À partir de 1954, il est chargé d’adapter des caractères existants pour la photocomposeuse Lumitype et d’initier de nouvelles créations. Il participe ensuite aux expérimentations liées aux procédés numériques, par exemple chez Linotype à partir de 1968, ou en concevant l’OCR-B pour l’ECMA, un caractère destiné à être lu par les machines. Il s’intéresse aussi aux contraintes spécifiques de la composition sur machine à écrire, notamment avec l’IBM Composer.
L’exploration des archives inédites de Frutiger, couvrant les années 1961 à 1975 et issues de son atelier d’Arcueil — l’Atelier Frutiger, devenu Frutiger+Pfäffli — aujourd’hui conservées à l’ANRT avant leur transfert au Museum für Gestaltung de Zurich, constitue le cœur de cette recherche. Celle-ci vise à étudier, traiter, classer et documenter ces tirages et dessins originaux, en mettant particulièrement en lumière l’influence de la technique sur la forme des lettres, un sujet qui passionnait profondément Frutiger.
Dès les années 1970, alors qu’il travaille pour Linotype, il entreprend des études systématiques sur la relation entre dessin de caractères et procédés de composition. Ces réflexions aboutiront notamment au caractère Breughel, publié en 1981, conçu spécialement pour la composition numérique CRT et pensé pour contourner les limites techniques grâce au dessin même des formes.